Mamie Cano, cent ans de vie, toute une Histoire !

 

Par Andrée Pogorzelski

 

C’est par Monique Voyer que nous avons appris que nous avions une dame plus que centenaire dans notre quartier. Et de plus elle acceptait de nous recevoir !

Dans le quartier, tout le monde connaît Mamie Cano, pensez, en 1971, la famille était déjà là. Ursula Cano fêtera ses 105 ans au mois de mai, avec enfants, petits-enfants, arrières et arrières petits-enfants, ce qui fait en tout cinq générations. Nous voici donc avec sa fille Jeanne ainsi que Monique auprès d’elle et elle accepte de dérouler une partie de sa vie pour notre journal.

 

Ursula est née à Umeda, en Andalousie. Elle épouse Juan. Ils sont républicains dans une Espagne devenue franquiste. Ils fuient ce régime, comme tant d’Espagnols, en passant par les Pyrénées. Elle a alors 23 ans et attend son premier enfant, Sébastien, qui naît à Vesoul. Entre temps, son époux est détenu au camp de réfugiés d’Argelès-sur-Mer. Elle finira par le rejoindre. Elle est alors enceinte de son deuxième enfant, Jeanne, qui naîtra à Argelès. Les conditions de vie se durcissent dans le camp, son mari est réquisitionné par les Allemands pour travailler à la base sous-marine de La Pallice. Ils sont tous séparés, les enfants sont gardés en crèche dans des conditions très précaires qui mettent leur vie en danger. Jeanne a quatre mois, Sébastien deux ans. Ursula les récupère et arrive à rejoindre son village natal - deux jours de train.

 

Jeanne a 4 ans quand la guerre est finie, et c’est un autre voyage plein d’embûches que fait Ursula avec ses deux enfants en repassant la chaîne des Pyrénées à pieds, ils rejoignent leur père à La Rochelle. Depuis le décès de son mari, Ursula demeure à Villeneuve. Ils formaient un couple, lui maçon, elle ancienne costumière devenue employée de maison, deux enfants nés en France, une histoire de famille façonnée par la grande Histoire.

 

Texte et photo : Andrée Pogorzelski