Le souffle des contes

Contes Actes : Reportage d’Andrée Pogorzelski et Claude Deschamps

Vous les connaissez, les conteuses de Villeneuve, qui enchantent petits et grands. Nous les entendons au Comptoir, à la Médiathèque ou à la Ludothèque, dans les jardins et lors des balades dans les marais. Nous avons voulu en savoir plus sur ces enchanteresses. Mais comment arrivent-elles à se transformer jusqu’à se fondre dans les personnages de leurs contes ? Ainsi, lors d’une « racontée » de ce jeudi estival, je me suis faite toute petite pour pénétrer dans leur monde.

 

Les magiciennes arrivent 

C’est Justine, conteuse professionnelle employée ponctuellement par Contes Actes pour les accompagner, qui est arrivée beaucoup plus tôt dans l’après-midi pour investir les lieux : quatre projecteurs, et un tapis de sol noir qui fait corps avec le cadre entourant une magnifique tenture dorée brillante qui sera l’écrin des joyaux qu’elles vont nous offrir. Plus d’une heure avant la « racontée », c’est encore Justine qui accueille les quatre autres diseuses de ce soir-là: Annie, Monique, Tescha et Arlette. Mots de bienvenue, accolades, elles prennent connaissances de la fable que chacune a préparée : ainsi se détermine l’ordre de passage. Nous aurons donc comme d’habitude cinq légendes.

 

On se « chauffe » 

Deuxième phase : concertation, c’est l’heure de donner du « corps » à l’histoire avec gestes, mimiques accompagnant les mots ; elles s’approprient les personnages : nuances, soupirs, exclamations, silence… tout est mesuré. Et puis chacune prend ses marques sur le tapis noir. Justine explique l’importance de l’ampleur des gestes : bouche ouverte, bras étirés, préparation physique intense ; bâillements intempestifs, soupirs, bras en arrière telle une préparation à l’envolée. C’est une réelle séance d’assouplissements qui va de la pointe des pieds au bout des doigts et qui se perd bien au-dessus de la tête. Oui, je vous l’assure ces conteuses tutoient les étoiles ! Elles respirent avec le dos plié !!! Je vois une fleur qui s’ouvre et se replie, elles hurlent un « hula-hoop » en roulant de la voix et des hanches, une bise semble envahir la scène. Les voici cheval piaffant, puis en rond autour d’un chaudron (j’ai vu le chaudron et entendu les bouillonnements de l’eau), puis, à grands coups de « oh hisse », leurs mains autour d’une corde imaginaire, elles ont envoyé très très loin une charge très très lourde… ! Puis se déroule un exercice destiné à amplifier le volume de leurs voix en criant « Mama », avec un balancement du corps comme une berceuse accompagné de la voix. Autre chose que j’ai appris : nos conteuses doivent bien s’ancrer dans le sol afin de bien rester sur terre car elles risquent pour de bon de perdre pied avec la réalité et le réveil peut être douloureux devant un public. Les voir « se lécher les dents » est un spectacle bluffant : bouche fermée, pendant plusieurs minutes, plus rien ne compte. Elles s’échauffent aussi la voix avec des vocalises de plus en plus saccadées. Autre figure « bizarre » lorsqu’elles se mettent en rond, tout en se frottant mutuellement le dos et émettent toutes sortes de sons : un oiseau chante, un chat miaule, un chien aboie, les habitants des marais et des forêts nous visitent.

 

L’aboutissement

Ces exercices qui demandent une maîtrise de soi étonnante, beaucoup de concentration ont lieu une heure avant le spectacle. Cette préparation les aide à dépasser leur trac, car bien sûr, ce sournois, il est là. Mais elles ont tellement envie de partager ce moment qu’elles vont le dépasser et se dépasser elles-mêmes. Et donc ce jeudi de vacances il y avait de jeunes enfants (des habitués m’a-t-on dit), des mamans et mamies et aussi un papa. Annie nous a raconté l’histoire de « la femme en sucre et l’homme en sel » ; Monique « le rêve du pêcheur » ; Tescha « la femme abeille » ; Arlette « les chaussures amoureuses » ; Justine « le roi des animaux de la Savane qui rencontre le roi des animaux européen », vous les avez reconnus : le lion et le cheval. Nous avons retrouvé le monde de l’enfance et les bonnes fées avaient en plus apporté jus de pomme et galettes pour toute l’assistance. Contes Actes est une association de conteuse amateures qui se produit gratuitement à Villeneuve. Elles ont choisi notre quartier. Le conte est porteur de message entre les générations. A.P.

 

Naissance et vie de l’association Contes Actes

 

Il y a un peu moins de 20 ans, Nelly Hedan, conteuse professionnelle, animait un atelier contes à la Médiathèque de VLS pour des mères et des assistantes maternelles. Peu à peu le public a évolué, des veillées ont été organisées pour raconter aux oreilles bienveillantes le fruit du travail accompli.

 

De nouveaux participants aux ateliers, très investis, ont eu envie d'aller plus loin : créer une association. Leur cheval de bataille porté par les contes : créer du lien social inter-générationnel, inter-ethnies, inter-associations ici à Villeneuve.

« Contes Actes » naît en 2005. Des conteurs et conteuses bénévoles, soutenus par des professionnelles, se produisent gratuitement dans le quartier : au début, c'était dans la yourte sur la place du 14-Juillet ; aujourd'hui, c'est au Comptoir (le 3ème jeudi de chaque mois d'octobre à mai), à la Médiathèque (le 4ème samedi de chaque mois) et lors des balades contées en avril, juin et septembre.

Au départ de Nelly en 2006, c'est Justine Devin, professionnelle du conte, qui reprend le flambeau : elle est avec nous à chaque veillée au Comptoir et anime les ateliers sur Villeneuve de janvier à juin. Nelly revient sur le quartier (dans le local des Tulipes) le 4ème trimestre de chaque année, pour un stage contes sur deux week-ends. Si le cœur vous en dit, venez adhérer et faire un stage : nous serons heureux de vous accueillir parmi les nouveaux conteurs. Association fidèle au bien-vivre du quartier, souhaitons longue vie à Contes Actes.

C.D.